Article 150 0 b ter : comment reporter l’impôt grâce au dispositif d’apport- cession ? 

La cession d’entreprise ou la cession des titres de société demeure une opération fréquemment envisagée par tout entrepreneur souhaitant valoriser son patrimoine personnel ou financer un nouveau projet. En France, les plus-values réalisées lors de la cession d’une entreprise sont, en principe, soumises au prélèvement forfaitaire unique (PFU) généralement appelé « flat tax », dont le taux global s’élève à 31,4 % (nouvelle loi de finances pour 2026). Afin d’atténuer l’impact fiscal de ces opérations et de favoriser le réinvestissement économique, le législateur a instauré plusieurs mécanismes spécifiques et avantageux pour le chef d’entreprise et notamment celui de l’apport-cession encadré par l’article 150-0 B ter du CGI (Code général des impôts).

Grâce à ce dispositif, le dirigeant peut reporter l’imposition du produit de la cession de ces titres sociaux sous respect de certaines dispositions qui sont nécessaires et propres à ce régime.

Qu’est-ce que l’article 150-0 B ter du CGI ?

Quand un chef d’entreprise cède sa société, il se retrouve face à une réalité fiscale souvent brutale : une grande partie du prix de vente part immédiatement dans les impôts. Pour atténuer ce choc fiscal l’article 150-0 B ter a été mis en place.

Concrètement, cet article permet à un entrepreneur de ne pas payer immédiatement l’impôt sur la plus-value réalisée lors de la cession de ses titres, à condition de respecter certaines règles précises.

Pour comprendre pourquoi ce dispositif existe, il faut d’abord comprendre ce qui se passe sans lui.

Sans dispositif : que se passe-t-il lors d’une cession directe ?

Prenons un exemple, un entrepreneur  a créé sa société il y a 15 ans avec un capital initial de 10 000 € et reçoit aujourd’hui une offre de rachat à 2 000 000 €. Il y a donc une plus-value réalisée de 1 990 000 €.

Sans dispositif, le chef d’entreprise est soumis à la flat tax. De plus, si ses revenus sont élevés, une contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) peut s’ajouter, portant la fiscalité à environ 34%. Résultat : Il n’a récupéré que 66 % du prix de vente.

C’est précisément pour cette raison que l’article 150-0 B ter a été initié pour corriger ou éviter l’impôt en permettant de ne pas payer la fiscalité immédiatement et de réinvestir le produit de cession dans de nouveaux projets.

Quelles sont les différentes étapes pour réaliser un apport cession ? 

Le dispositif permet de bénéficier d’un report mais, pour cela, plusieurs étapes sont à respecter pour élaborer ce montage.

Étape 1 : L’apport des titres à une holding

Plutôt que de vendre en direct ses titres à un acheteur, le chef d’entreprise va d’abord les apporter à une société holding qu’il crée ou contrôle déjà. Cette dernière est simplement une société dont l’objectif est de détenir des participations dans d’autres sociétés. Elle est ici un véritable intermédiaire.

En contrepartie de cet apport, le dirigeant reçoit des parts ou actions de la holding. La plus-value réalisée lors de cet apport est calculée mais son imposition est reportée. La valeur d’apport est figée à la date de l’apport et n’évoluera pas dans le temps.

Étape 2 : La holding vend les titres au repreneur

C’est ensuite cette même société qui vend les titres au repreneur (l’acheteur final). Cette dernière encaisse le prix de cession. Le chef d’entreprise, en tant que bénéficiaire des parts de la holding, dispose indirectement de ces fonds via sa structure. Ce montage est au cœur du dispositif d’apport-cession : c’est parce que la vente est réalisée par la holding (et non par le cédant directement) que le mécanisme de report s’applique.

Comment fonctionne le report d’imposition ?

Lors de l’apport des titres à la holding, la plus-value est calculée et figée. Elle correspond à la différence entre la valeur des titres au moment de l’apport et leur prix d’acquisition initial.

Cette plus-value est appelée plus-value en report. Elle ne sera imposée qu’au moment de la sortie du dispositif c’est-à-dire lorsqu’un événement particulier met fin au report. Il y aura donc un maintien du report tant que certaines situations n’auront pas lieu sinon il y aura une expiration du report.

La plus-value placée en report n’est pas soumise à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR). Pour les entrepreneurs à hauts revenus, c’est un gain fiscal significatif.

Quelles sont les conditions d’éligibilité ?

Le report d’imposition n’est pas automatique dans tous les cas. Plusieurs critères cumulatifs doivent être remplis.

La holding : une société soumise à l’impôt sur les sociétés (IS)

La société qui reçoit les titres doit être soumise à l’IS c’est-à-dire qu’elle paye un impôt sur ses bénéfices en tant que société et non comme une personne physique qui serait soumise à l’impôt sur le revenu. Si la holding n’est pas à l’IS ou n’a pas opté pour ce régime, le dispositif ne s’applique pas.

Le contribuable doit contrôler la holding : condition essentielle

Pour bénéficier du report d’imposition, il convient pour l’apporteur de contrôler la holding à laquelle il apporte ses titres sociaux. Autrement dit, une société contrôlée signifie en détenir la majorité des droits de vote ou exercer une influence déterminante sur ses décisions.

Si l’apporteur ne contrôle pas la holding, on bascule dans un autre régime qui est celui du sursis d’imposition. Celui-ci permet le report d’imposition à la cession ultérieure. Ce régime est plus simple et moins contraignant que celui du report. Toutefois, il ne génère pas les mêmes possibilités d’optimisation fiscale. Le report d’imposition, lui, implique des obligations de réinvestissement précises.

L’obligation de réinvestissement : le coeur du dispositif

C’est ici que la notion de remploi du produit de cession est importante. En contrepartie du report d’imposition, la holding a l’obligation de réinvestir une partie du produit de cession dans des actifs ou sociétés éligibles sous certaines conditions de délai.

Conditions sur le remploi

  • Si la cession a lieu plus de 3 ans après l’apport :

Dans ce cas, la holding est libre de réinvestir comme elle le souhaite. Elle peut placer les fonds en immobilier, en assurance vie ou encore dans des actions cotées. Le report d’imposition est maintenu sans contrainte de réinvestissement obligatoire.

  • Si la cession a lieu moins de 3 ans après l’apport :

C’est ici qu’on retrouve certaines obligations de réinvestissement. En effet, la holding doit réinvestir au moins 70 % du produit de cession dans des placements éligibles. Depuis la loi de finances pour 2026, ce réinvestissement doit être réalisé dans un délai de 3 ans à compter de la cession (contre 2 ans auparavant).

Les 30 % restants peuvent être utilisés librement dans des investissements dans l’immobilier, dans la souscription d’une épargne telle que l’assurance-vie. Il n’y a aucune contrainte sur cette part.

Exemple : La holding vend les titres pour 2 000 000 € dans les 3 ans suivant l’apport. Elle doit réinvestir 1 400 000 € (70 %) dans des actifs éligibles dans les 2 ans. Les 600 000 € restants sont à sa libre disposition.

La conservation des titres réinvestis

Les titres acquis dans le cadre du réinvestissement éligible doivent être conservés pendant au moins 5 ans (depuis la loi de finances 2026). En cas de cession anticipée, le report expire et l’impôt devient immédiatement exigible.

Ce qui se passe en cas de donation : la transmission du report

Le report d’imposition n’est pas automatique dans tous les cas. Plusieurs critères cumulatifs doivent être remplis.

La holding : une société soumise à l’impôt sur les sociétés (IS)

La société qui reçoit les titres doit être soumise à l’IS c’est-à-dire qu’elle paye un impôt sur ses bénéfices en tant que société et non comme une personne physique qui serait soumise à l’impôt sur le revenu. Si la holding n’est pas à l’IS ou n’a pas opté pour ce régime, le dispositif ne s’applique pas.

Le contribuable doit contrôler la holding : condition essentielle

Pour bénéficier du report d’imposition, il convient pour l’apporteur de contrôler la holding à laquelle il apporte ses titres sociaux. Autrement dit, une société contrôlée signifie en détenir la majorité des droits de vote ou exercer une influence déterminante sur ses décisions.

Si l’apporteur ne contrôle pas la holding, on bascule dans un autre régime qui est celui du sursis d’imposition. Celui-ci permet le report d’imposition à la cession ultérieure. Ce régime est plus simple et moins contraignant que celui du report. Toutefois, il ne génère pas les mêmes possibilités d’optimisation fiscale. Le report d’imposition, lui, implique des obligations de réinvestissement précises.

L’obligation de réinvestissement : le coeur du dispositif

C’est ici que la notion de remploi du produit de cession est importante. En contrepartie du report d’imposition, la holding a l’obligation de réinvestir une partie du produit de cession dans des actifs ou sociétés éligibles sous certaines conditions de délai.

Conditions sur le remploi

  • Si la cession a lieu plus de 3 ans après l’apport :

Dans ce cas, la holding est libre de réinvestir comme elle le souhaite. Elle peut placer les fonds en immobilier, en assurance vie ou encore dans des actions cotées. Le report d’imposition est maintenu sans contrainte de réinvestissement obligatoire.

  • Si la cession a lieu moins de 3 ans après l’apport :

C’est ici qu’on retrouve certaines obligations de réinvestissement. En effet, la holding doit réinvestir au moins 70 % du produit de cession dans des placements éligibles. Depuis la loi de finances pour 2026, ce réinvestissement doit être réalisé dans un délai de 3 ans à compter de la cession (contre 2 ans auparavant).

Les 30 % restants peuvent être utilisés librement dans des investissements dans l’immobilier, dans la souscription d’une épargne telle que l’assurance-vie. Il n’y a aucune contrainte sur cette part.

Exemple : La holding vend les titres pour 2 000 000 € dans les 3 ans suivant l’apport. Elle doit réinvestir 1 400 000 € (70 %) dans des actifs éligibles dans les 2 ans. Les 600 000 € restants sont à sa libre disposition.

La conservation des titres réinvestis

Les titres acquis dans le cadre du réinvestissement éligible doivent être conservés pendant au moins 5 ans (depuis la loi de finances 2026). En cas de cession anticipée, le report expire et l’impôt devient immédiatement exigible.

Dans le cas où le donataire ne contrôle pas la société émettrice des titres transmis lors de la donation, la plus-value placée en report d’imposition est purgée de manière définitive. Le donateur tout comme les donataires seront donc complètement exonérés d’imposition sur cette plus-value. C’est l’un des avantages les plus puissants du dispositif d’apport-cession dans une logique de gestion de patrimoine et de transmission familiale.

Quand l’impôt est-il dû ? Les événements qui mettent fin au report

Le report prend fin et l’impôt devient immédiatement exigible dans les situations suivantes :

  • Cession des parts de la holding : Si le chef d’entreprise vend ses parts de holding à un tiers, le report expire et la plus-value figée est immédiatement imposée.
  • Rachat, remboursement ou annulation des titres : Ces opérations sur les titres de la holding ou sur les titres apportés déclenchent également la fin du report.
  • Cession des titres apportés par la holding dans les 3 ans : Si la holding vend les titres dans les 3 ans suivant l’apport sans respecter l’obligation de réinvestissement de 70 %, le report expire.
  • Transfert du domicile fiscal hors de France : Si le dirigeant s’installe dans un autre pays, l’article 167 bis du CGI (expliquant la notion de l’« Exit Tax ») s’applique et déclenche l’imposition de la plus-value en report. C’est un point de vigilance important pour les entrepreneurs souhaitant s’expatrier après une cession.
  • La purge définitive : À l’inverse, si l’entrepreneur transmet ses parts de holding par donation et que le donataire conserve les titres pendant la durée requise sans contrôler la société émettrice, la plus-value en report est définitivement exonérée. L’impôt disparaît totalement.

Comment réinvestir le produit de cession ?

La holding dispose de plusieurs options pour réinvestir le quota des 70 % dans des actifs éligibles. Ces réinvestissements doivent s’inscrire dans une activité économique réelle conformément aux exigences de l’administration fiscale.

Réinvestissement direct dans une société opérationnelle

La holding peut investir directement dans une entreprise exerçant une activité commerciale industrielle ou artisanale. Elle peut prendre le contrôle de cette société ou y entrer simplement en tant qu’actionnaire minoritaire. C’est l’option la plus directe pour un entrepreneur souhaitant développer de nouveaux projets.

Augmentation de capital d’une société existante

Il est possible de participer à l’augmentation de capital d’une société déjà existante lorsque le contribuable apporte des fonds pour soutenir son développement. Cette option permet de diversifier et de faire fructifier les investissements tout en maintenant le report.

Financement des locaux d’exploitation

Depuis la loi de finances 2026, il est également possible d’utiliser le produit de cession pour financer les locaux affectés à l’exploitation de la holding ou de l’une de ses filiales. C’est une nouveauté qui ouvre des possibilités intéressantes dans le cadre d’un développement immobilier d’entreprise.

Investissement via des fonds éligibles (FCPR, FPCI, SLP)

C’est l’option la plus souple et la plus méconnue du grand public. La holding peut réinvestir dans des fonds d’investissement spécialisés à condition qu’ils soient éligibles au dispositif. Il en existe plusieurs types :

  • Les fonds de private equity : ces fonds investissent dans des sociétés non cotées en bourse généralement des PME ou ETI en phase de croissance. Des professionnels accompagnent ces entreprises pendant plusieurs années puis les revendent à meilleur prix. C’est un placement dynamique et très rentable mais qui comporte des risques liés à la performance des entreprises sélectionnées. Les fonds FCPR (Fonds Commun de Placement à Risques) et FPCI (Fonds Professionnel de Capital Investissement) entrent dans cette catégorie.
  • Les fonds immobiliers et hôteliers : certains FPCI ou SLP (Sociétés de Libre Partenariat) investissent dans l’immobilier opérationnel comme dans des hôtels, des résidences gérées, de l’immobilier d’exploitation. Ils acquièrent des biens, les valorisent via des travaux ou par un repositionnement commercial puis les revendent. Ces fonds offrent une exposition à des actifs tangibles avec une volatilité généralement plus faible que le private equity.
  • Les fonds d’infrastructure : certains fonds investissent dans des projets d’infrastructure économique. Attention toutefois, il faut avoir connaissance des cas d’exclusions et des précisions qui relève de la loi de finances pour 2026.

Quels sont les changements majeurs depuis la loi de finances pour 2026 ?

La loi de finances pour 2026 a profondément restreint et clarifié le périmètre des investissements éligibles. Le texte s’appuie désormais sur l’article 199 terdecies-0 A du CGI, qui définit précisément les activités éligibles prévues.

Ce qui n’est plus éligible :

  • Les sociétés de marchands de biens et les promoteurs immobiliers.
  • Les sociétés à l’IS dont l’activité principale est d’investir en immobilier (on exclut les SCPI et les structures similaires).
  • Les activités à tarif réglementé : éolien et photovoltaïque.
  • Les activités bancaires, financières et la gestion de patrimoine propre.

Ce qui reste éligible :

  • L’immobilier opérationnel : hôtellerie, résidences gérées, exploitations agricoles et forestières.
  • Le private equity via des FCPR/FPCI éligibles.
  • Les sociétés opérationnelles exerçant une activité commerciale, industrielle ou artisanale.
  • Le financement des locaux d’exploitation de la holding ou de ses filiales.

Quels sont les risques liés au dispositif ? 

L’article 150-0 B ter du CGI est un outil puissant mais il exige une rigueur absolue. Certaines erreurs ou approximations peuvent avoir des conséquences financières très lourdes.

  • Le non-respect des délais : Si la holding ne réinvestit pas les 70 % dans le délai de 3 ans, le report expire. L’impôt sur la plus-value devient immédiatement exigible avec des majorations et des intérêts de retard.
  • La cession prématurée des actifs réinvestis : Les titres issus du réinvestissement doivent être conservés 5 ans minimum. Si la holding les cède avant ce délai, la plus-value en report devient immédiatement imposable.
  • L’investissement dans un fonds non éligible : Tous les FPCI ou FCPR ne sont pas éligibles au dispositif (art 150-0 B ter du CGI). Avant tout engagemprivate ent, il est indispensable de vérifier que le fonds répond bien aux critères requis par l’administration fiscale notamment depuis les modifications apportées par la loi de finances pour 2026
  • Le risque de contrôle fiscal : L’administration fiscale surveille ces montages de près car ils peuvent être utilisés de manière abusive pour éviter définitivement l’impôt.
  • Le profil entrepreneurial requis : Il s’adresse à des entrepreneurs ayant une réelle volonté de réinvestir dans l’économie sur le long terme. L’horizon d’engagement est généralement supérieur à 8 ans (entre la date de l’apport, la durée de conservation des actifs réinvestis et les éventuels délais liés à la donation). Ce n’est pas une solution de court terme ou de simple placement financier.
  • L’investissement réalisé sans accompagnement d’un professionnel : Compte tenu de la complexité du dispositif, du niveau des montants généralement en jeu et du risque de contrôle fiscal, il est vivement déconseillé d’agir seul. Le recours à un un avocat fiscaliste ou un conseiller en gestion patrimoniale permettra de donner un conseil adéquat et de sécuriser le montage tout en identifiant les fonds éligibles si besoin.

Cas pratique dans le cadre de l’article 150 0 b ter

En l’espèce, Madame X , fondatrice d’une PME reçoit une offre de rachat de sa société pour 3 000 000 €. Elle avait fondé cette société avec un capital initial de 50 000 €. Sa plus-value de cession est donc de 2 950 000 €.

Sans dispositif : Madame X paierait environ 926 300 € d’impôts (flat tax à 31,4 %). Il lui resterait 2 023 700 €.

Avec le dispositif de l’art 150-0 B ter :

  1. Madame X crée une holding qu’elle contrôle et y apporte ses titres. La plus-value d’apport est figée à 2 950 000 € mais aucun impôt n’est dû à cette étape.
  2. La holding vend les titres au repreneur pour 3 000 000 €. Elle encaisse la totalité du prix de cession.
  3. La cession ayant eu lieu dans les 3 ans suivant l’apport, la holding doit réinvestir 70 %, soit 2 100 000 €, dans des actifs éligibles dans un délai de 3 ans. Elle investit 1 200 000 € dans un FPCI de private equity éligible et 900 000 € dans un FPCI immobilier hôtelier éligible. Les 900 000 € restants (30 %) sont placés librement en assurance vie.
  4. Les actifs réinvestis sont conservés 5 ans minimum. Le report d’imposition est maintenu pendant toute cette période.
  5. Madame X décide, 3 ans après l’apport, de donner ses parts de holding à ses deux enfants. La plus-value en report leur est transmise. Ils conservent les titres pendant les 11 ans requis (réinvestissement effectué avant la donation).
  6. À l’issue de ces 11 ans, la plus-value en report est définitivement exonérée. Ni Madame X ni ses enfants n’auront jamais à payer les 926 300 € d’impôts initialement dus.

Ce dispositif permet donc une optimisation fiscale légale, encadrée, au service d’un projet de transmission patrimoniale et d’investissement dans l’économie réelle.

Ce qu’il faut retenir de l’article 150-0 B Ter

  • La vente directe d’une entreprise entraîne généralement une imposition immédiate de la plus-value au PFU (« flat tax ») pouvant dépasser 31,4 % du gain réalisé.
  • L’article 150-0 B ter permet de reporter cette imposition grâce à un mécanisme d’apport-cession par l’intermédiaire d’une holding soumise à l’impôt sur les sociétés.
  • Pour bénéficier du dispositif, l’entrepreneur doit contrôler la holding qui reçoit les titres apportés.
  • Si la holding revend les titres dans les 3 ans suivant l’apport, elle doit réinvestir au moins 70 % du produit de cession dans des actifs éligibles dans un délai de 3 ans.
  • Les 30 % restants peuvent être utilisés librement pour des placements financiers, de l’immobilier patrimonial ou de la trésorerie.
  • Les investissements éligibles concernent principalement les sociétés opérationnelles, certains fonds de private equity (FCPR, FPCI) et certains actifs immobiliers liés à une activité économique.
  • Les actifs réinvestis doivent être conservés pendant au moins 5 ans afin de maintenir le report d’imposition.
  • Le dispositif peut également constituer un outil de transmission patrimoniale particulièrement efficace grâce aux mécanismes de donation permettant, sous conditions, une purge définitive de la plus-value en report.
  • Depuis la loi de finances 2026, les règles de réinvestissement ont été renforcées et certains investissements patrimoniaux ou immobiliers ont été exclus du dispositif.
  • Compte tenu de sa technicité et des risques de remise en cause par l’administration fiscale, l’accompagnement et le conseil d’un avocat fiscaliste ou un conseiller en gestion de patrimoine est fortement recommandé.

FAQ – Les questions les plus fréquentes sur l’article 150-0 B ter

Qu’est-ce que l’article 150-0 B ter ?

Qu’est-ce que l’article 150-0 B ter ?

L’article 150-0 B ter permet à un dirigeant de reporter l’imposition de la plus-value réalisée lors de la vente de son entreprise. Pour en bénéficier, il doit apporter ses titres à une holding soumise à l’impôt sur les sociétés avant la cession. Si certaines conditions sont respectées, l’impôt n’est pas payé immédiatement et peut même être définitivement purgé dans certaines situations.

Pourquoi la plus-value est-elle imposée ?

Pourquoi la plus-value est-elle imposée ?

Lorsqu’un entrepreneur vend son entreprise, il réalise généralement un gain entre la valeur d’origine de ses titres et leur prix de vente. Cette différence constitue la plus-value. L’administration fiscale considère ce gain comme un enrichissement imposable.

Sans mécanisme particulier, cette plus-value est soumise à la flat tax de 31,4 %, à laquelle peut s’ajouter la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus pour les contribuables les plus aisés.

Qu’est-ce qu’une holding ?

Qu’est-ce qu’une holding ?

Une holding est une société dont la mission principale consiste à détenir des participations dans d’autres entreprises. Dans le cadre de l’art 150-0 B ter, elle sert d’intermédiaire entre le dirigeant et la société vendue.

La création d’une holding est relativement simple. Il s’agit généralement d’une SAS ou d’une SARL immatriculée comme toute autre société. Son coût de constitution reste souvent limité au regard des enjeux fiscaux d’une opération de cession.

Quelle est la différence entre report et sursis d’imposition ?

Quelle est la différence entre report et sursis d’imposition ?

Le sursis d’imposition s’applique lorsque l’apporteur ne contrôle pas la holding bénéficiaire de l’apport. L’imposition est simplement différée jusqu’à la survenance d’un événement futur.

Le report d’imposition, prévu par l’article 150-0 B ter, s’applique lorsque l’apporteur contrôle la holding. Il impose davantage de contraintes notamment en matière de réinvestissement. En contrepartie, ce dernier offre des avantages plus importants notamment avec la possibilité d’une purge définitive de la plus-value dans certains cas de transmission.

Que signifie contrôler une holding ?

Que signifie contrôler une holding ?

Le contrôle s’apprécie principalement par la détention de plus de 50 % des droits de vote ou par l’exercice d’une influence déterminante sur les décisions de la société.

L’administration fiscale prend également en compte les participations détenues par le conjoint, les enfants mineurs ou les personnes agissant avec accord de l’apporteur.

Pourquoi la holding doit-elle être soumise à l’IS ?

Pourquoi la holding doit-elle être soumise à l’IS ?

L’une des conditions essentielles du dispositif est que la holding soit soumise à l’impôt sur les sociétés.

Cette exigence permet de maintenir les fonds au sein de la holding après la cession et d’éviter qu’ils ne soient immédiatement imposés entre les mains de l’associé en tant que personne physique. Le mécanisme de report ne fonctionne donc pas avec une société relevant de l’impôt sur le revenu.

Que signifie réinvestir dans des actifs éligibles ?

Que signifie réinvestir dans des actifs éligibles ?

Le législateur a souhaité encourager le réinvestissement dans l’économie réelle plutôt que dans des placements purement patrimoniaux.

Sont notamment éligibles les investissements dans des sociétés opérationnelles, les augmentations de capital de PME, certains fonds de capital-investissement (FCPR, FPCI, SLP) ainsi que certains actifs immobiliers directement liés à une activité économique.

À l’inverse, les placements financiers passifs tels que les actions cotées, les contrats d’assurance-vie, les livrets ou les SCPI ne peuvent pas être utilisés pour satisfaire l’obligation de réinvestissement. Toutefois, ce type d’investissement pourra être choisis pour les 30 % restants qui ne sont soumis à aucune obligation de réinvestissement.

Que sont les FCPR, FPCI et le private equity ?

Que sont les FCPR, FPCI et le private equity ?

Les FCPR et les FPCI sont des types d’investissement spécialisés dans le financement d’entreprises non cotées.

Ils permettent aux entrepreneurs cédants d’investir indirectement dans l’économie productive tout en déléguant la sélection et la gestion des participations à des professionnels.

Le private equity offre historiquement des perspectives de rendement attractives mais présente également des risques avec notamment l’absence de garantie en capital, un horizon de placement long et une faible liquidité des investissements.

Peut-on investir dans l’immobilier ?

Peut-on investir dans l’immobilier ?

Oui, mais uniquement dans certaines conditions.

Depuis les évolutions récentes de la législation française, l’immobilier patrimonial pur est largement exclu du champ du réinvestissement éligible. En revanche, les actifs immobiliers directement affectés à une activité économique peuvent être retenus : hôtels, résidences de services, locaux professionnels ou encore exploitations agricoles.

Que faire des 30 % non soumis à réinvestissement ?

Que faire des 30 % non soumis à réinvestissement ?

Lorsque l’obligation de réinvestissement s’applique, seule une partie du produit de cession est concernée.

Les 30 % restants peuvent être utilisés librement par la holding : placements financiers, immobilier, trésorerie, distributions ou diversification patrimoniale. Cette souplesse permet au dirigeant de conserver une réserve de liquidités tout en bénéficiant du report d’imposition.

Pourquoi la date de l’apport est-elle si importante ?

Pourquoi la date de l’apport est-elle si importante ?

La date de l’apport constitue le point de départ de tous les délais prévus par le dispositif.

Elle permet notamment de déterminer si l’obligation de réinvestissement s’applique, de calculer les échéances à respecter et de figer définitivement le montant de la plus-value placée en report.

Une documentation rigoureuse des justificatifs relatifs à cette opération est indispensable en cas de contrôle fiscal.

Que se passe-t-il si les investissements prennent de la valeur ?

Que se passe-t-il si les investissements prennent de la valeur ?

La plus-value placée en report est calculée une seule fois et cela à la date de l’apport.

Les gains réalisés ultérieurement grâce aux investissements effectués par la holding ne modifient pas le montant de cette plus-value initiale. Ils pourront en revanche générer une nouvelle plus-value lors d’une future cession soumise au régime fiscal alors en vigueur à ce moment là.

Quels sont les principaux risques ?

Quels sont les principaux risques ?

Le principal risque réside dans le non-respect des conditions du dispositif.

Si les fonds ne sont pas réinvestis dans les délais requis ou dans des actifs conformes, le report d’imposition prend fin. La plus-value devient alors immédiatement taxable avec des intérêts de retard et dans certains cas des pénalités.

Le respect des obligations déclaratives annuelles est également essentiel pour conserver le bénéfice du régime.

Peut-on financer une nouvelle entreprise avec ce dispositif ?

Peut-on financer une nouvelle entreprise avec ce dispositif ?

Oui, et c’est même l’un des objectifs majeurs du législateur.

L’entrepreneur peut utiliser le produit de cession pour créer, reprendre ou développer une nouvelle société. Le mécanisme favorise ainsi la réinjection des capitaux dans l’économie réelle et accompagne les dirigeants souhaitant lancer un nouveau projet entrepreneurial.

Le dispositif est-il réservé aux grandes fortunes ?

Le dispositif est-il réservé aux grandes fortunes ?

Absolument pas.

L’article 150-0 B ter est accessible à tout entrepreneur réalisant une plus-value lors de la cession de son entreprise, qu’il s’agisse d’un artisan, d’un commerçant, d’un professionnel libéral ou du dirigeant d’une PME.

En pratique, le dispositif devient généralement pertinent à partir d’une plus-value de plusieurs centaines de milliers d’euros, lorsque l’économie fiscale potentielle justifie les coûts de mise en place et les contraintes associées.

Compte tenu de sa technicité et des risques liés à une mauvaise application, un accompagnement par un avocat fiscaliste, un expert-comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé est fortement recommandé.