L’audit patrimonial : une approche globale du patrimoine

L’arrêt « Dusautoir » rendu par la chambre commerciale de la Cour de cassation le 13 septembre 2014 illustre de manière emblématique un principe fondamental du conseil en gestion de patrimoine : celui de l’approche patrimoniale globale.

En l’espèce, un joueur de rugby professionnel avait souscrit, par l’intermédiaire d’un cabinet de conseil, plusieurs contrats d’assurance-vie et investissements immobiliers financés par des emprunts in fine. Ce dernier a estimé que les solutions proposées étaient inadaptées à sa situation actuelle (carrière courte et revenus irréguliers), à ses objectifs et avaient fragilisé son patrimoine. Il a donc engagé la responsabilité du conseiller pour manquement à son obligation de conseil, obligation à laquelle il devait répondre.

Cette décision consacre ainsi une exigence essentielle : le conseiller ne peut se limiter à une analyse produit par produit. Il doit tenir compte de la situation patrimoniale globale du client, de ses objectifs, de son horizon d’investissement et de chaque contrainte liée à sa vie personnelle ou professionnelle.

Vers un encadrement de l’audit patrimonial 

Cette exigence jurisprudentielle s’inscrit dans un projet de structuration de la gestion patrimoniale. Depuis les années 2000, les autorités ont cherché à encadrer cette activité afin de proposer un cadre plus solide et sécurisé.

La création du statut de Conseiller en investissements financiers (CIF) par la loi de sécurité financière du 1er août 2003 marque une première étape importante en introduisant un devoir de conseil formalisé qui renforce l’obligation d’agir dans l’intérêt du client. Il s’accompagne d’une exigence de traçabilité de la relation client et de formalisation des échanges.

Dans le prolongement, l’immatriculation obligatoire à l’ORIAS (organisme en charge du registre officiel des intermédiaires en assurance, banque et finance) vient organiser et contrôler les différents statuts d’intermédiaires. En effet, le conseiller peut avoir une multitude de casquettes : conseiller en investissement financier, courtier en assurance, intermédiaire immobilier, conseiller fiscal.

Plus récemment, la loi PACTE de 2019 et le durcissement des contrôles exercés par l’Autorité des marchés financiers (AMF) ont accentué les exigences de transparence et de conformité. L’ensemble de ces évolutions poursuit un objectif commun : mieux protéger l’épargnant, encadrer les différentes activités des professionnels et lutter contre les pratiques abusives ou les montages frauduleux.

C’est précisément dans ce contexte juridique et réglementaire renforcé que s’impose aujourd’hui la nécessité d’une approche structurée du conseil reposant sur une vision globale du patrimoine du client. Cette approche trouve sa traduction concrète dans un outil central : l’audit patrimonial.

Mieux comprendre l’audit patrimonial 

La réalisation d’un audit patrimonial constitue aujourd’hui une étape clé dans le cadre du devoir de conseil. Véritable socle de la relation entre le conseiller en gestion de patrimoine et son client, il permet de recueillir, analyser et formaliser l’ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle, financière et patrimoniale du client. Cette analyse globale représente l’état des lieux d’une personne garantissant la pertinence et la cohérence des préconisations qui seront formulées par la suite.

Le premier rendez-vous : la collecte d’information 

Dans le cadre de l’entrée en relation, un premier rendez-vous est organisé entre le client et le gestionnaire de patrimoine. Cet échange initial repose sur une écoute active du conseiller envers son client et permet d’engager une première compréhension de ses besoins.

Au sein du cabinet Kofman Patrimoine, cet échange s’appuie sur une plateforme dédiée permettant de structurer et optimiser l’audit patrimonial par l’étude de plusieurs grandes catégories :

  • État civil : identité du client (nom, prénom, adresse), régime matrimonial, situation familiale (nombre d’enfants, conjoint) et les événements de vie prévisibles (mariage, naissance, divorce, départ d’un enfant du foyer fiscal, etc.).
  • Revenus et impôts : situation professionnelle, salaires, pensions, revenus locatifs, imposition, dispositifs fiscaux de réduction ou déduction d’impôt.
  • Patrimoine immobilier et crédits : détention d’une résidence principale, de biens locatifs, existence d’une SCI et encours de crédits bancaires.
  • Placements financiers : comptes courants, livrets réglementés (Livret A, PEL), assurance-vie, PEA, comptes-titres, SCPI, PER et autres supports d’investissement disponibles.
  • Objectifs poursuivis : préparation de la retraite, protection des proches, optimisation fiscale, valorisation du capital, générer des revenus complémentaires, diversification ou transmission du patrimoine….
  • Capacité d’épargne : disponibilités financières et budgétaires et effort d’épargne possible.

Chaque exemple de situation est analysé de manière précise afin d’élaborer une simulation réaliste.

Un questionnaire de profil de risque est également complété pour réaliser l’évaluation et déterminer le profil investisseur (prudent – équilibré – dynamique), généralement évalué sur une échelle de 1 à 7. Ce profil conditionne les préconisations d’investissement, conformément aux exigences des marchés cibles. Par exemple, un profil prudent ne peut être orienté vers des produits trop volatils qui seraient une exposition au risque mais conviendraient mieux à un profil dynamique.

Le cadre réglementaire de l’entrée en relation 

Le Document d’Entrée en Relation (DER) 

Avant toute prestation de conseil, un formulaire doit être remis au client : le Document d’Entrée en Relation (DER). Celui-ci doit être signé avant même la validation de l’audit patrimonial afin de garantir la conformité réglementaire posée par l’AMF.

Ce document assure une transparence totale sur :

  • L’identité et le statut du conseiller,
  • Son immatriculation et son cadre réglementé,
  • Ses modalités de rémunération de son travail,
  • Ses partenaires,
  • La gestion des données personnelles,
  • Les modalités de réclamation.

Il constitue ainsi un préalable indispensable à toute relation de conseil qui permet au client de comprendre dans quel cadre il va être conseillé.

Le livret CIF 

À la suite de la collecte des informations et de la signature du DER, le conseiller envoie au client le formulaire du livret CIF (Conseiller en Investissements Financiers) pour signature.

Ce livret comprend plusieurs éléments structurants :

    • Le questionnaire client, déjà complété lors de l’audit,
    • La formalisation de la relation via la lettre de mission,
    • Les recommandations et analyses réalisées au sein du rapport d’adéquation.

La lettre de mission 

La lettre de mission est un document contractuel essentiel. Elle définit précisément la nature de la mission confiée, le périmètre d’intervention du conseiller, les modalités de rémunération. Elle encadre donc juridiquement la relation et garantit une parfaite compréhension par le client des prestations réalisées.

La déclaration d’adéquation 

A l’issue de l’analyse approfondie de la situation de la personne, le gestionnaire de patrimoine formalise ses recommandations dans une déclaration d’adéquation intégrée au livret CIF et qui devra être signée par le client. Ce document explique en quoi les solutions proposées correspondent au profil et aux objectifs du client, tout en présentant de manière claire les avantages et les risques associés. Il constitue une preuve et un engagement essentiel du respect du devoir de conseil et de la conformité réglementaire.

Une obligation de conseil continue dans la relation client

Le devoir de conseil constitue le fondement de l’activité du conseiller en gestion de patrimoine (CGP).

À ce titre, le CGP est tenu de faire une analyse approfondie en recueillant un ensemble d’informations détaillées sur son client : sa situation financière, ses objectifs d’investissement, ses connaissances et son expérience en matière financière, sa tolérance au risque ainsi que sa capacité à subir des pertes. Depuis les évolutions récentes de la réglementation, il doit également prendre en compte les éventuelles préférences du client en matière de durabilité. Cette phase d’analyse est essentielle car elle conditionne la pertinence du conseil délivré en adéquation avec les besoins du client et les solutions proposées.

Un suivi dans la durée 

La réglementation impose un suivi régulier de la relation client. Le conseiller doit notamment informer sur les frais et coûts des produits et vérifier la pertinence des solutions mises en place. Ce suivi implique une mise à jour périodique des informations client et une communication transparente. Cette dimension dans la durée permet d’ajuster la relation face aux évolutions économiques et de l’adapter aux changements de situation.

Un cadre réglementaire global et protecteur 

L’ensemble de ces obligations présente l’opportunité d’avoir un cadre réglementaire plus large permettant d’assurer la gestion des conflits d’intérêts, la protection des données personnelles, la lutte contre les fraudes, le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ainsi que l’obligation de fournir une information claire, exacte et non trompeuse. Par exemple, le CGP n’a pas le droit d’encaisser les fonds de ses clients dans le cadre de son activité de CIF, ce qui renforce la sécurité des opérations.

Points essentiels de l’audit patrimonial

Le dispositif de l’audit patrimonial articulé autour du DER, de la lettre de mission et de la déclaration d’adéquation est devenu crucial pour la relation CGP-client. Elle vise à garantir et développer un haut niveau de transparence, de protection et de qualité du conseil en plaçant systématiquement l’intérêt du client au cœur de la démarche.

Un audit patrimonial rigoureux et un recueil d’informations complet permettent in fine de formuler des stratégies pertinentes, personnalisées et réellement adaptées aux objectifs patrimoniaux du client notamment s’il souhaite réaliser un bilan patrimonial.

FAQ – L’audit patrimonial : une approche globale du patrimoine

Qu’est-ce qu’un audit patrimonial ?

Qu’est-ce qu’un audit patrimonial ?

C’est une analyse complète de la situation financière, fiscale et patrimoniale d’un client afin de proposer des solutions adaptées à ses objectifs.

Pourquoi l’approche globale est-elle importante ?

Pourquoi l’approche globale est-elle importante ?

Le conseiller doit prendre en compte l’ensemble du patrimoine, des revenus et des objectifs du client et ne pas analyser chaque produit séparément.

Que rappelle l’arrêt « Dusautoir » ?

Que rappelle l’arrêt « Dusautoir » ?

Cet arrêt souligne l’obligation pour le conseiller de proposer des investissements adaptés à la situation personnelle et professionnelle du client.

Quelles informations sont étudiées lors d’un audit patrimonial ?

Quelles informations sont étudiées lors d’un audit patrimonial ?

Le conseiller analyse notamment :

  • la situation familiale,
  • les revenus,
  • les biens immobiliers,
  • les placements financiers,
  • les crédits,
  • les objectifs patrimoniaux,
  • le profil de risque.

Qu’est-ce que le profil de risque ?

Qu’est-ce que le profil de risque ?

Il permet de déterminer si le client a un profil prudent, équilibré ou dynamique afin d’adapter les investissements proposés.

À quoi sert le Document d’Entrée en Relation (DER) ?

À quoi sert le Document d’Entrée en Relation (DER) ?

Le DER informe le client sur le statut du conseiller, sa rémunération, ses obligations réglementaires et les modalités de la relation.

Qu’est-ce que la déclaration d’adéquation ?

Qu’est-ce que la déclaration d’adéquation ?

C’est un document expliquant pourquoi les solutions proposées correspondent au profil et aux objectifs du client.

Le conseiller doit-il assurer un suivi dans le temps ?

Le conseiller doit-il assurer un suivi dans le temps ?

Oui, le CGP doit mettre à jour régulièrement les informations du client et vérifier que les solutions restent adaptées à sa situation.

Quel est l’objectif principal de l’audit patrimonial ?

Quel est l’objectif principal de l’audit patrimonial ?

Garantir un conseil personnalisé, transparent et conforme à l’intérêt du client.